Une droguée aux jeux joue son avenir au tribunal à Rouen

PARIS NORMANDIE

Publié le mardi 02 avril 2013 à 07H06

Récit. Une habitante, près de Yerville, est devenue addict aux jeux, après une surdose de Sifrol. Ce médicament soigne certains troubles neurologiques. Le tribunal a été saisi.

Le Sifrol ne peut être prescrit au-delà d'une dose de 0,54 mg

Le Sifrol ne peut être prescrit au-delà d’une dose de 0,54 mg

 

Pendant un peu plus d’un an, Brigitte, 54 ans, habitante du canton de Yerville (Seine-Maritime), a été embarquée dans une folie à peine croyable. Elle est devenue addict aux jeux de hasard, suite à la prise trop importante de Sifrol, un médicament prescrit pour soigner son syndrome des « jambes sans repos ». Un trouble neurologique qui cause un besoin irrépressible de bouger les jambes.
Son avocat, Me François Jégu, vient d’assigner devant le tribunal de grande instance (TGI) de Rouen, son ancien neurologue, qui lui avait prescrit une dose de Sifrol, plus importante que celle autorisée.

Des conséquences inattendues

A cause de cette addiction aux jeux, Brigitte a contracté une dette importante de 184 000 euros. « J’ai pris de l’argent à ma fille, vidé le compte épargne de ma mère et nos économies personnelles, confie Brigitte. J’ai même piqué dans la caisse du boulot ». Elle doit près de 5 000 euros à son employeur et 20 000 euros à sa famille.
En avril 2008, son ancien neurologue lui délivre une ordonnance pour des cachets de Sifrol à une dose de 0,18 mg par jour. Elle peut prendre jusqu’à deux comprimés. « Je suis retournée le voir, car je continuais à avoir des fourmillements dans les jambes, témoigne Brigitte. Il m’a fait un acte gratuit le 16 avril 2009, en me prescrivant du Sifrol à 0,70 mg par jour ». Alors que la dose médicale maximale recommandée est de 0,54 mg… « Mon addiction au jeu a démarré fin 2009, peu de temps après la prise de la nouvelle dose de Sifrol », décrit Brigitte qui a fréquenté tous les casinos de la région : Dieppe, Saint-Valéry-en-Caux, Forges-les-Eaux… « Je trouvais des excuses pour quitter mon travail et aller jouer. Je ne pensais qu’à ça ». Chez les hommes, une surdose de Sifrol peut les pousser à pratiquer des attouchements sexuels.

Brigitte a failli être licenciée, a fait deux tentatives de suicide. « Après ma première tentative de suicide en janvier 2011, mon médecin traitant, en feuilletant le Vidal, a vu que le Sifrol pouvait causer des effets secondaires et notamment des addictions au jeu », se souvient Brigitte. Fin février 2011, son neurologue stoppe son traitement. L’addiction de Brigitte cesse en deux semaines. « J’ai fait une deuxième tentative de suicide, car j’ai obtenu un rendez-vous tardif chez mon neurologue ». Ce dernier était en congés. « J’ai eu sa secrétaire, je lui ai expliqué ce qui m’arrivait avec le Sifrol. Elle m’a dit que le neurologue ne prenait pas ses patients au téléphone ». Me Jégu reproche au neurologue « l’absence de posologie adéquate et d’informations concernant les effets secondaires possibles du Sifrol ». Et Brigitte aurait dû être revue par son neurologue, trois mois après cette nouvelle prescription. Ça n’a pas été le cas. Depuis, Brigitte a dû déposer un dossier de surendettement à la Banque de France.
Contacté, le neurologue de Brigitte n’a pas donné suite à nos sollicitations.

ELISE KERGAL e.kergal@presse-normande.com

Vincent BOURDON

Je me mêle de responsabilité médicale, de réparation du dommage corporel et de sécurité sociale. D'informatique musicale et d’ingénierie sonore aussi, mais tel ne sera pas le propos ici...