Androcur : Bayer France s’explique… et se justifie déjà !

Les laboratoires BAYER France ont publié ce vendredi 7 septembre 2018 un communiqué relatif à l’ANDROCUR®, ou acétate de cyprotérone. Il faut dire que la communication de l’ANSM du jour même rendait leur silence difficilement compréhensible.

Depuis quelques jours, les médias se font enfin l’écho de ce que la spécialité pharmaceutique favorise manifestement l’apparition de méningiomes cérébraux. Le rapport, commandé par l’ANSM à un comité de spécialistes réunis le 13 juin dernier, est sans appel sur le fait que la prise d’ANDROCUR majore très significativement le risque de méningiome, le risque augmentant d’ailleurs avec la durée de la prise.

Beaucoup de prescriptions paraissent être hors des motifs pour lesquels le médicament a été mis sur le marché (A.M.M.). Il n’en fallait pas plus aux laboratoires BAYER pour planter dès à présent le décor : ils rappellent fort opportunément « qu’Androcur 50 mg est un médicament indiqué en France dans le traitement de l’hirsutisme sévère (pilosité importante) chez la femme lorsqu’il retentit gravement sur la vie psycho-affective et sociale de la patiente, et du cancer de la prostate chez l’homme« . Ils ajoutent que la connaissance du risque figure explicitement sur la notice depuis 2011.

Il y a fort à parier qu’un tel rappel soit à dessein. Sans être devin, il laisse entendre :

– qu’à partir de maintenant, le laboratoire tiendra pour personnellement responsable tout médecin qui continuera sa prescription hors A.M.M., et plaidera sa mise hors de cause totale,
– que le laboratoire tentera tout autant de se défaire de sa responsabilité pour les prescriptions passées, toujours hors A.M.M., en s’appuyant vraisemblablement sur la propension des juridictions civiles à apprécier sévèrement l’office du médecin en une telle occurrence (C.S.P., art. L. 5121-12-1).

Rappelons qu’il y a eu par exemple 142.000 prescriptions d’ANDROCUR® en France en 2012, dont seulement 24% dans le cadre d’un hirsutisme féminin majeur d’origine non tumorale. Les autres indications ont eu beau être validées par un avis rendu le 22 juin 2016 par la Commission de la transparence de la H.A.S., c’est assez montrer que le combat de très nombreuses victimes va être, contre le fabricant, extrêmement âpre.

Il ne fait que commencer ; vous pouvez compter sur toute notre énergie pour cela !

 

Vincent BOURDON

Je me mêle de responsabilité médicale, de réparation du dommage corporel et de sécurité sociale. D'informatique musicale et d’ingénierie sonore aussi, mais tel ne sera pas le propos ici...